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Importation de la souche de moustiques mâles biaisés génétiquement modifiés sans impulsion génétique au Burkina Faso

posté 11th mai 2022 par Professeur Abdoulaye Diabaté

Les 16 et 21 mars, l’équipe de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS), institution partenaire de Target Malaria au Burkina Faso, a reçu des colis contenant des œufs vivants de moustiques génétiquement modifiés en provenance d’Italie. Les agents de l’Agence nationale de biosécurité (ANB) étaient à l’aéroport pour inspecter les colis. Les œufs sont de moustiques mâles biaisés génétiquement modifiés sans impulsion génétique. Il s’agit d’une autre souche de moustiques génétiquement modifiés, par rapport à la souche mâle stérile importée en 2016 et lâchée en 2019.

La souche mâle biaisée ne porte pas la technologie d’impulsion génétique. Le moustique est fertile et il est génétiquement modifié pour produire une descendance majoritairement mâle (jusqu’à 95% en laboratoire). La souche male biaisée n’est pas un outil de contrôle vectoriel. L’objectif de cette phase est de comprendre cette nouvelle souche fertile, de développer les capacités et former les l’équipes de Target Malaria, et de dialoguer avec les autorités réglementaires et les parties prenantes.

L’équipe de Target Malaria Burkina Faso avec les œufs

Les moustiques ont été initialement développés au laboratoire du Professeur Crisanti à l’Imperial College de Londres, puis élevés et testés dans nos institutions partenaires Polo d’Innovazione di Genomica, Genetica e Biologia (PoloGGB) en Italie et le Center for Disease Control and Prevention (CDC) à Atlanta, aux États-Unis. Des études de sécurité complémentaires ont également été menées par des organismes de recherche spécialisés. Les moustiques seront utilisés pour des études d’utilisation confinée dans notre insectarium Arthropod Containment Level 2 (ACL2) au Burkina Faso. L’insectarium a récemment été inspecté et certifié par l’Agence Nationale de Biosécurité.

Cette importation marque le lancement d’une nouvelle phase de travail pour Target Malaria au Burkina Faso, le premier pays d’Afrique à importer et à mener des recherches en milieu confiné sur la souche mâle biaisé. Il fait suite à trois années de travail fructueux sur les moustiques mâles stériles génétiquement modifiés sans impulsion génétique.

L’importation d’œufs pour utilisation en milieu confiné a été autorisée par l’ANB et la communauté autour de l’insectarium.

Il est important de noter que cette autorisation n’inclut pas de lâcher environnemental, tous les travaux seront effectués en milieu confiné dans notre insectarium.

Une fois la colonie établie, les chercheurs de l’IRSS mèneront plusieurs études et rapporteront les résultats à l’ANB et aux parties prenantes :

  • Analyser la reproduction entre les moustiques mâles génétiquement modifiés et les femelles de type sauvage ;
  • Confirmer que la modification fonctionne comme prévu, à savoir qu’elle produit plus de mâles que de femelles ;
  • Collecte d’informations sur le développement et le comportement des moustiques génétiquement modifiés.

Comme lors des phases précédentes, l’IRSS a informé et consulté les communautés autour de l’insectarium sur cette nouvelle phase de recherche. Le processus de consultation a abouti à l’expression d’un accord donné par le groupe consultatif pour les études d’utilisation confinée.

Les approbations de l’ANB et l’accord des communautés autour de l’insectarium démontrent l’engagement du Burkina Faso dans la recherche de nouveaux outils de lutte contre le paludisme. L’IRSS et Target Malaria mettent en place un processus prudent de développement par étapes de cette recherche et s’engagent à respecter les règles d’éthique, de biosécurité et de sûreté.

Cette nouvelle phase de travail nous rapproche de la découverte de solutions durables pour lutter contre le paludisme en Afrique. C’est d’autant plus important pour mon pays, le Burkina Faso, qui fait partie des dix pays les plus touchés par les cas et les décès dus au paludisme avec plus de 29 000 décès estimés et 12 millions d’infections l’année dernière (Rapport mondial sur le paludisme 2021).