Favoriser le dialogue entre les peuples autochtones et les chercheurs spécialisés dans les mécanismes d’impulsion génétique


Il est primordial d’impliquer les titulaires de droits, les communautés et les parties prenantes pour garantir la pertinence, l’adéquation et l’intégrité éthique des processus scientifiques. Notre nouvel article publié dans Gates Open Research présente un exemple de dialogue collaboratif et culturellement adapté entre des chercheurs spécialisés dans les mécanismes d’impulsion génétique et des peuples autochtones et des communautés locales.

Coordonné par l’Outreach Network for Gene Drive Research et des représentants du Forum international autochtone sur la biodiversité (IIFB), ce dialogue visait à instaurer la confiance, à faciliter la compréhension mutuelle et à créer un espace sûr pour le partage des processus et des résultats de la recherche ainsi que des savoirs traditionnels, plutôt qu’à prendre des décisions concernant la recherche ou la mise en œuvre d’une application spécifique de la technologie de l’impulsion génétique.
Cette collaboration a débuté lors d’une réunion du groupe de travail des peuples autochtones et des communautés locales, dans le cadre de la 22e session de l’Organe subsidiaire chargé de fournir des avis scientifiques, techniques et technologiques (SBSTTA) de la Convention sur la diversité biologique (CBD), qui s’est tenue à Montréal en 2018. À l’époque, rien ne laissait présager que cet échange initial déboucherait sur un dialogue à long terme. Les deux groupes cherchaient à déterminer si un tel dialogue pouvait aboutir et quelle forme il pourrait prendre au fil du temps.

Au cours des trois années suivantes, le dialogue a évolué à travers divers formats : des discussions en ligne, des ateliers, une visite du laboratoire « Polo d’Innovazione di Genomica, Genetica e Biologia » (Polo GGB) à Terni (l’un des partenaires de Target Malaria), la participation aux sessions de formation de l’Association panafricaine de lutte contre les moustiques (PAMCA) sur les technologies de l’impulsion génétique, ainsi qu’un événement conjoint lors de la Conférence des Parties à la CDB à Montréal en 2022.
L’instauration d’un climat de confiance fondé sur des principes d’engagement élaborés conjointement a constitué un élément fondamental du succès de notre engagement initial. Un facilitateur externe, le Keystone Policy Center, a été engagé par les chercheurs, avec la conviction claire que le processus devait être façonné à parts égales par les deux groupes. Le facilitateur a apporté impartialité et objectivité au processus, permettant aux deux parties de s’exprimer plus librement.
La prise en compte de la diversité des origines culturelles et des systèmes de valeurs dans ce dialogue a également été essentielle pour favoriser des relations et un engagement respectueux et constructifs. Les participants de chaque groupe provenaient de différentes régions du monde – Amérique latine, Asie, Afrique, Europe et Pacifique – et présentaient des cultures, des pratiques, ainsi que des savoirs et des perspectives variés. La création d’un espace permettant d’accueillir ces différences a été déterminante.
Les premières rencontres ont mis en évidence une frustration commune : les échanges en ligne rendaient difficiles l’instauration d’un climat de confiance et les interactions authentiques. Lors des réunions suivantes, la science de l’impulsion génétique a été expliquée à l’aide de méthodes plus interactives ; la visite du laboratoire de recherche sur les moustiques à Terni a été organisée pour répondre au besoin de voir et de découvrir directement le contexte scientifique. Comme l’ont montré les précédentes visites de laboratoires, cette immersion concrète dans la science peut changer les perceptions. En observant les laboratoires et en interagissant directement avec les chercheurs, la visite a permis de découvrir directement comment la recherche sur l’impulsion génétique est menée et quelles mesures sont prises pour garantir son développement sûr et responsable dans des conditions de confinement. Cela contribue à instaurer la confiance et à apaiser les inquiétudes souvent associées aux technologies génétiques.

Dans notre article, nous présentons les principes qui ont constitué le fil conducteur de ce dialogue, notamment la bonne foi, l’appropriation collective, la réciprocité, le respect des savoirs autochtones et la collaboration équitable. Nous abordons également les défis qui se sont présentés au cours de cette initiative, notamment la complexité du sujet et le temps limité dont nous disposions. Le processus de rédaction et de publication de cet article a lui-même illustré certaines de ces difficultés, en particulier lorsqu’il s’agissait de présenter une étude de cas sur le dialogue, intégrant différents systèmes de savoir, plutôt qu’un article théorique sur l’engagement. Les expériences tirées de projets de recherche sur l’impulsion génétique qui ont engagé les peuples autochtones et les communautés locales depuis plusieurs années montrent qu’un engagement significatif et le renforcement des capacités nécessitent du temps et un engagement soutenu, à travers plusieurs itérations.
À l’avenir, des dialogues similaires devraient être encouragés, promus et soutenus. Les Parties à la CDB devraient envisager d’investir dans des initiatives similaires afin de remédier aux déséquilibres de pouvoir et de veiller à ce que les points de vue des peuples autochtones et des communautés locales soient intégrés dans la recherche et la prise de décision. Cela concerne directement le Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité (KMGBF) et son objectif n° 17 sur les biotechnologies, son objectif n° 20 sur le renforcement des capacités, le transfert de technologies et la coopération scientifique et technique, ainsi que son objectif n° 21 sur la disponibilité et l’accessibilité des connaissances.
Nous espérons que les enseignements tirés de ce dialogue dépasseront le cadre de la recherche sur l’impulsion génétique et apporteront des éléments précieux à des débats plus larges sur le développement responsable et la gouvernance d’autres technologies émergentes.
Cet article a été publié pour la première fois sur le site web d’Outreach Network for Gene Drive Research.