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Le mentorat dans le domaine de la communication scientifique  : Ce que m’apprennent mes mentorés, mes stagiaires et mes étudiants 

Par Morgane Danielou

Directrice de la communication, Imperial College London
Target Malaria

Lorsque j’ai reçu le Prix du mentorat STEMPRA le mois dernier, je me suis sentie à la fois honorée et touchée. Les récompenses sont bien sûr gratifiantes, mais celle-ci m’a particulièrement émue. Elle a mis en avant la partie de mon travail la moins visible, mais qui me semble la plus essentielle : le mentorat, l’enseignement et la préparation de la prochaine génération de communicateurs.

J’ai toujours pensé que l’expertise n’a d’importance que si elle est partagée. La connaissance n’est pas un atout personnel ; c’est une ressource collective. Et dans des domaines comme la communication scientifique — où les enjeux sont humains, politiques et planétaires —, préparer la prochaine génération de professionnels n’est pas une option. C’est une responsabilité.

Dans le cadre de mes fonctions actuelles chez Target Malaria, j’ai eu le privilège d’accompagner de brillants jeunes professionnels dont la curiosité et le courage ne cessent de renouveler les miens. Stephanie Wilkes-Moumtzis, Lorraine Gibson, Zion Raeburn, Birhan Mengistu, Stella Attah, Aminah Alhamdu, Chloe Cole et Lord Cobbinah ont chacun apporté leur propre voix, leur discipline et leur expérience vécue aux produits de communication de Target Malaria. Ils m’ont mise au défi, m’ont appris et m’ont inspirée, car le mentorat n’est jamais une transmission à sens unique, c’est une conversation.

Mes fonctions d’enseignante — en tant que maître de conférences à l’EFAP International School of Communication et à l’Université américaine de Paris — renforcent cet objectif. Chaque semestre, je rencontre des étudiants qui évoluent dans un monde plus complexe, plus fragile et plus interconnecté que celui dans lequel je suis entrée. Ils arrivent avec des questions pertinentes, notamment sur l’impact de l’IA sur les métiers de la communication, des idées audacieuses et une envie de donner du sens. Je vois en eux l’avenir de notre profession : plus diversifiée, plus mondiale, plus ancrée dans l’éthique.

Mais le mentorat ne se limite pas à la pédagogie. Il concerne également l’accès. Le talent est universel ; les opportunités ne le sont pas. C’est pourquoi avec mon équipe chez Target Malaria nous avons décidé de nous associer au programme « 10 000 Black Interns » au Royaume-Uni afin de nous engager à accueillir un ou deux stagiaires chaque été pour leur offrir un mentorat en communication scientifique à l’Imperial College de Londres, la deuxième meilleure université au monde. Les étudiants issus de minorités — au Royaume-Uni, en France et dans toute l’Europe — restent disproportionnellement exclus des stages, des postes de début de carrière et des réseaux professionnels. Ils sont les premières victimes du chômage, et les derniers à se voir offrir une chance.

Leur ouvrir des portes relève de la justice sociale. C’est aussi une stratégie intelligente : notre secteur ne peut prospérer s’il continue de puiser dans une frange étroite de la société, alors qu’ils constituent un formidable vivier de talents pour les recruteurs. Nous avons besoin de communicants qui comprennent différentes cultures, différentes communautés, différentes réalités. Dans le cas de Target Malaria, nous avons besoin de communicants qui ont une expérience vécue des pays africains et du paludisme, et qui comprennent à un niveau personnel les défis liés à l’accès aux services de santé.

Pour moi, le mentorat n’est pas une activité secondaire. C’est le cœur de mon travail. C’est ma façon d’honorer ceux qui m’ont guidée, et de contribuer à une profession qui me tient profondément à cœur. Si je laisse un héritage, j’espère qu’il ne se mesurera pas au nombre de projets menés à bien ou de campagnes lancées, mais aux personnes que j’ai aidées à se lancer dans leur parcours.